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Témoignages

Décloisonnons l’enseignement

  • François Madjlessi
    DSI à l’Université Paris-Dauphine

L’enseignement supérieur traverse une crise majeure. D’un côté, les étudiants, des digital natives, utilisent le numérique comme mode d’expression, d’apprentissage et d’échanges. De l’autre, un système d’enseignement académique composé d’éminents chercheurs, pour qui l`adoption des usages numériques pour la pédagogie reste un vrai défi. Cette dichotomie n’est pas le seul obstacle que rencontre le marché de la formation. La concurrence fait rage ! Aujourd’hui, l’Université d’Harvard peut diplômer des étudiants aux quatre coins du monde et donc attirer de nombreux talents étrangers. Demain, des plateformes délivreront plus de diplômes que les grandes écoles à la française.

En attendant, nos étudiants sont de plus en plus mobiles. Ils veulent avoir accès à l’enseignement partout et valider leurs modules à Londres, Madrid ou Dublin. Les enseignants, quant à eux, se rendent compte qu’il est plus simple de faire passer un examen en ligne à plus de 800 personnes que de distribuer des copies, ou de proposer des cours bien plus interactifs que d’écrire sur un tableau. Avec 40 % d’étudiants à l’étranger et un projet de regroupement de 24 établissements d’enseignement supérieur, l’Université Paris-Dauphine doit se transformer pour convaincre les jeunes de postuler.

Mais la réalité technique n’est pas si simple. Nos systèmes informatiques ne répondent pas à ces nouveaux besoins de partage, de décloisonnement entre les communautés de chercheurs, d’enseignants et d’étudiants à travers le monde. En plus, l’administration n’a pas compris qu’un chercheur n’est pas seulement chercheur mais aussi enseignant plusieurs heures dans la journée. Il a donc besoin d’un espace où il peut partager avec ses étudiants, ses collègues du CNRS, ses homologues aux Etats-Unis… Aujourd’hui, ils pratiquent ses échanges de contenus mais sur Google Drive… c’est du shadow IT auquel nous devons trouver une solution.

Autre problématique technique : la période d’inscription. Chaque année, l’Université Paris-Dauphine reçoit 60 000 candidatures. Sur les trois journées de clôture d’inscription, l’ensemble des dossiers est envoyée durant la dernière heure ! Je suis donc obligé de monter des plateformes capables de déposer des milliers de dossiers simultanés qui seront utilisés seulement quelques heures par an ! Le coût généré est colossal, sans compter qu’un éventuel échec peut avoir de lourdes conséquences sur toute l’université. Il faut donc un SI extrêmement agile, ce qui n’est pas encore totalement notre cas.

Mais nous avançons petit à petit. Pour décloisonner, nous avons lancé la solution Office365 avec 100.000 fichiers par mois partagés entre les étudiants, les enseignants et l’administration. Nous sommes actuellement en train de déployer une application mobile pour les 24 établissements. Si nous n’avions pas choisi une solution cloud, comment aurions-nous pu déployer la même solution pour autant d’organisations ? Cela aurait été impossible, bien entendu. Sauf qu’il faut répliquer cette dynamique pour d’autres projets, ce qui n’est pas le cas. Les établissements d’enseignement supérieur français continuent à créer leur propre solution de partage de documents, d’espace de collaboration… Le cloud permet justement de mutualiser des produits qui se délivrent de manière stable et à un meilleur coût. Il faut créer une solution sur le cloud qui permette d’adresser l’ensemble du marché et sur lequel chacun développe des connecteurs spécifiques.

Nous avons besoin de changer de modèle. L’Education Nationale doit comprendre que le cloud est une condition d’accélération de la transformation digitale, à la fois dans la manière dont on adresse l’enseignement que dans celle dont on gère l’administration.

 

Biographie

Directeur des systèmes d’information de l’Université Paris-Dauphine, anime des séminaires nationalement reconnus au sein de Télécom Paris Tech, Orsys et l'Institut Capgemini, sur ses domaines de prédilection : la transformation digitale, l'urbanisation, la dématérialisation et la mobilité. Ingénieur diplômé de l’Institut Mines-Télécom Paristech, il a été chef de projet chez France Télécom à l'International, responsable du pôle internet mobile chez Nokia, responsable marketing digital au sein de SFR, chef de service réseaux et aménagement numérique au Conseil Général de Marne et, de 2011 à 2015, DSI de la ville de Vincennes. Il a reçu plusieurs prix : le Trophée CIO l’efficacité opérationnelle, le Trophée de management du service public, le Trophée de la meilleure application K2 (BPM), le Prix Coup de pouce de la pratique la plus innovante dans une administration, (SGMAP/ministère de l’Économie).

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Commentaires (1)

  • Bernard
    01.04.2017

    Article très intéressant. Enfin nous parlons des enjeux du numérique et de l’enseignement supérieur.

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